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Le choix de l’irrationnel a un coût


Le texte qui suit est la réponse de Claude Piron — traduite par ses soins — à un article publié dans "The Daily Yomiuri", l’édition anglaise du grand quotidien japonais "Yomiuri Shimbun". Elle est parue en bonne place, sous l’éditorial, dans le numéro du 21 avril 2002, édition D, page 8.

Psychologue, ancien traducteur à l’Onu et à l’OMS pour l’anglais, l’espagnol, le russe et le chinois, Claude Piron fut, de 1973 à 1994, chargé d’enseignement à la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation de l’université de Genève. Il est l’auteur de nombreuses études sur la communication linguistique internationale que l’on peut retrouver sur le web : www.geocities. com/c_piron ainsi que dans son ouvrage "Le défi des langues" (Paris : L’Harmattan, 1994) dont la traduction en portugais est parue récemment au Brésil : "O desafio das linguas " (Campinas : Pontes, 2002).

Pour le président de Nissan, Carlos Ghosn, "l’anglais est un outil, un logiciel, que les personnels de Nissan et Renault doivent apprendre pour pouvoir se comprendre". Mais les logiciels ne sont pas tous bien conçus et bien adaptés aux besoins des usagers. L’anglais est l’un des pires. Il oblige à installer et à entretenir dans le cerveau des milliers et des milliers de réflexes conditionnés qui, loin de faciliter la communication, l’entravent.

Son système phonétique comprend de nombreux sons qui n’existent ni en français ni en japonais, mais il n’utilise pas les voyelles pures (comme le /a/ de "Yama" ou de "Paris") qui sont les plus fréquentes dans ces deux langues. Il est plein d’irrégularités. Si l’on dit "he liked", "he used", pourquoi n’a-t-on pas le droit de dire "he knowed", "he finded" ? Dix ans d’anglais à raison de cinq heures par semaine n’amènent pas à un niveau suffisamment élevé pour pouvoir procéder à des négociations délicates ou discuter de questions techniques pointues. Si une langue est un logiciel, il en existe une où le rendement de l’effort est bien supérieur : l’espéranto. Au bout de six mois agréables, je m’exprimais bien mieux en espéranto qu’en anglais au terme de six années pénibles. Apprendre l’anglais est frustrant : les progrès sont lents et on n’a jamais l’impression de maîtriser la langue. Les pièges sont si nombreux que, dans la langue de Shakespeare, l’étranger moyen a l’air moins intelligent qu’il n’est, ce qui le défavorise injustement. Apprendre l’espéranto, en revanche, est très satisfaisant : comme c’est une langue parfaitement régulière, chaque seconde est utile et le rythme des progrès étonnant. En outre, tous les usagers sont sur un pied d’égalité. Si Nissan veut que son personnel puisse communiquer par delà les barrières linguistiques, il ferait bien d’organiser l’enseignement de l’espéranto. Au bout de deux ans tous les employés japonais et étrangers communiqueront avec une aisance et une précision qu’ils n’atteindront jamais en anglais. Je peux en témoigner. J’ai parlé l’espéranto au Brésil et au Japon, en Italie et en Ouzbékistan, en Finlande et en Chine et dans bien d’autres endroits encore.







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