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Le problème linguistique de l’Union Européenne

Manque d’information et refus du progrès


par Georges KERSAUDY

L’Union Européenne, avec ses 15 membres actuels et ses 11 langues officielles, essaie désespérément depuis des années de préserver la diversité linguistique et de promouvoir le multilinguisme dans l’égal respect des langues de l’Union. En 2004, elle aura 25 États-membres et 21 langues officielles.

Pour qui connaît bien la question, et compte tenu des recommandations en la matière formulées à l’issue d’études approfondies menées par des spécialistes, la solution du bon sens consiste à recourir à l’Esperanto pour sauvegarder la position de toutes les langues nationales, faute de quoi on assistera au succès définitif de la tendance actuelle, c’est-à-dire de la suprématie d’une nouvelle variété de langue anglaise, le "conglish" ou continental english, le pidgin des Européens continentaux, ou créole des sous-anglophones du continent européen.

Chaque fois que la question est évoquée dans les instances de l’Union Européenne, on constate que les décideurs souffrent d’un total manque d’information sur la question de la langue internationale.

Le 11 juin 2003, la délégation française au Parlement européen a longuement examiné un rapport d’information détaillé sur cette question cruciale pour la survie des langues nationales de l’Europe. C’est avec le plus grand sérieux qu’elle a abouti en fin de compte à cette déclaration péremptoire : " Toutefois les autorités françaises considèrent que l’Esperanto n’est pas porteur d’une culture et ne peut même pas constituer une option au baccalauréat." Et elle ajoute dans la foulée : " Le combat contre l’anglais semble perdu d’avance. "

Il ne s’est trouvé personne dans l’assistance pour expliquer qu’en réalité l’Esperanto est porteur de toutes les cultures du monde, tout comme le latin était encore, il y a quatre siècles, porteur de toute la culture de l’Europe. En réalité, les Européens qui peuvent lire des textes en Esperanto ont un accès privilégié aux littératures et aux cultures de tous les peuples du monde, contrairement à ceux qui ne disposent que d’une ou plusieurs langues nationales. Ils disposent en outre d’un outil incomparable pour l’étude efficace des langues nationales dites "étrangères". Comment faire comprendre cette évidence aux instances responsables de l’Union Européenne ? C’est là le noeud de la question.

Tout récemment, la Vice-Présidente du Parlement européen, après avoir publiquement reconnu en l’Esperanto un "magnifique moyen de communication", a réglé définitivement la question par la déclaration suivante "Mais je ne vois pas comment un moyen de communication très simple pourrait rendre compte des subtilités de la pensée." Et voilà ! La cause est entendue ! Elle ne voit pas ! Une fois de plus l’ignorance a superbement triomphé. La Vice-présidente ne sait pas que ce moyen de communication très simple permet d’exprimer infiniment plus de nuances et de subtilités que n’importe laquelle des langues nationales. Et si on le lui dit, elle ne le croira pas

Lorsqu’on discute habituellement de questions techniques, on demande l’avis des spécialistes avant de se faire une idée sur la question. Quand il s’agit de linguistique, on estime que ce n’est pas nécessaire, on croit tout savoir sur le sujet.

Faute de disposer d’informations sérieuses sur la question, nos représentants à l’Union Européenne sont finalement amenés à proposer le maintien de la situation actuelle, en sachant bien qu’elle nous conduit irrémédiablement à la domination du "conglish" et à la décadence inévitable de toutes nos langues nationales, y compris l’anglais correct, déjà victime de l’usage qui en est fait couramment en Europe continentale et dans les quatre autres continents. Si l’on en croit les instances officielles, il faut nous résigner à cette situation pitoyable et à cette évolution catastrophique vers le crépuscule et l’anéantissement des langues et des cultures de l’Europe.

Seul un ultime sursaut des citoyens européens peut permettre d’éviter le pire. Pour cela, il faut éclairer le grand public, qui n’a jamais disposé d’une information sérieuse sur la situation linguistique de l’Europe et sur les possibilités qu’offre le recours à la langue internationale.

Il est absolument indispensable que, dans chaque États-membre de l’Union Européenne, les pouvoirs publics comprennent la nécessité et l’utilité de l’introduction de l’Esperanto dans les programmes des établissements d’enseignement à tous les échelons. Il importe avant tout de leur faire comprendre que l’Esperanto n’est pas seulement un moyen de communication extrêmement perfectionné, mais encore un outil remarquablement efficace pour l’étude des langues européennes dites "étrangères". C’est aussi la seule planche de salut pour toutes les langues et toutes les cultures de l’Europe.

Il faut vaincre dans ce domaine, comme ce fut le cas dans beaucoup d’autres au cours de l’histoire, les préjugés d’un autre âge et les idées reçues enracinés dans les esprits rétrogrades. Toutes les innovations du XXème siècle ont été combattues à l’origine par les "bons esprits" formés au cours du siècle précédent : il y a un peu plus de cent ans, on pouvait entendre et lire dans toute l’Europe des déclarations de ce genre

"Le moteur ne pourra jamais concurrencer la traction hippomobile."

"Dans la vie quotidienne, l’utilisation de l’éclairage électrique sera jamais aussi pratique et aussi simple que celle de la lampe à pétrole."

"Le "plus lourd que l’air" ne volera jamais, c’est contraire aux lois de la pesanteur."

"La télégraphie sans fil n’est qu’un rêve issu de l’imagination de chercheurs qui ont perdu le sens de la réalité".

Que peut-on faire en l’an 2004 pour informer les instances officielles et le grand public sur les réalités et les possibilités du XXIème siècle ? On entrevoit à l’horizon une lueur d’espoir :

Le 12 juin 2003, au cours des travaux de la Convention pour la mise au point de la Constitution européenne, des représentants du Parlement européen, des parlements nationaux, des gouvernements et de la Commission ont présenté entre autres un amendement qui a été retenu par le Présidium. Cet amendement prévoit l’introduction d’un "droit d’initiative populaire". Les citoyens auront le droit, s’ils réunissent 1 million de signatures en provenance de différents pays, de demander à la Commission de rédiger une proposition de loi européenne.

Approuvé le 13 juin 2003 par la Convention européenne, ledit amendement figure dans la proposition de Constitution européenne qui doit être ratifiée par la Conférence intergouvernementale. Les espérantistes européens et tous les citoyens conscients de la nécessité de protéger leur langue nationale auront maintenant un moyen de se faire entendre en réunissant dans l’Union Européenne 1 million de signatures en faveur de l’Esperanto. Certains d’entre eux viennent de créer dès maintenant, en France, à Chambéry, un mouvement associatif politique : c’est 1’Association LANGUE FÉDÉRALE NEUTRE ESPERANTO qui se propose d’engager une campagne populaire dans toute l’Europe en vue des élections européennes de 2004. En attendant la mise en place d’une organisation européenne officielle, les Européens, espérantistes ou non, peuvent déjà envoyer leur signature à :

LANGUE FÉDÉRALE NEUTRE ESPERANTO ESPERANTO VIVE Maison des associations FR-73000 Chambéry France

Tél. 00 33(0)4 79 33 96 29, esperviv@hotmail.com

Aux élection européennes du 13 juin 2004, les Européens pourront enfin voter pour une liste en faveur de l’Esperanto, de son enseignement dans les établissements d’enseignement de toute l’Europe, et de son utilisation dans les instances européennes. Il faut voir là l’ultime chance de sauvegarder le multilinguisme et les langues nationales de l’Europe.

Dans l’Europe élargie de l’an 2004, l’heure de l’Esperanto, cet outil formidable et méconnu, va enfin sonner. Les Européens conscients de la gravité de la situation doivent saisir cette dernière chance de faire entendre leur voix.

Post-scriptum :

Georges Kersaudy a été amené, au cours de sa longue carrière de fonctionnaire international, à parler, écrire, traduire et interpréter dans pas moins de 51 langues, dont l’espéranto, qui a été l’une de ses premières langues apprises dans sa jeunesse. Il en parle en connaissance de cause, puisqu’il a pu en constater l’intérêt lors d’innombrables séjours dans de nombreux pays. Il est l’auteur d’un ouvrage dans lequel il décrit 39 langues d’Europe, dont l’espéranto : Langues sans frontières, publié aux éditions Autrement, collection "Frontières" (Paris, 2001)







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