Le journal populaire ukrainien “Art-Mozaika” (334 000 ex.), destiné à la jeunesse, a consacré un long article à l’espéranto dans son numéro du 19 juillet, quelques jours avant le 120ème anniversaire de l’espéranto. Traduction.
De toutes les langues artificielles, il est celle qui a le plus réussi et prospéré. Ceux qui pensent que l’espéranto appartient au passé font erreur. Il évolue continuellement et, grâce à l’Internet, sa communauté s’accroît et rajeunit. Le philologue hellénique Alexarkhos [Alexarque] et le médecin romain Galienus (Galien) ont pensé à la création d’une langue artificielle. Au Moyen-Âge, de nombreux savants ont cherché la “langue rationnelle” qui aurait dû devenir l’instrument idéal de la pensée. Newton, Leibniz, Francis Bacon et Descartes s’en sont occupé. Cependant, aucune de ces langues n’a été réalisée : jusqu’au début du 19ème siècle, les relations internationales ont progressé assez lentement. Cependant, avec l’écoulement du temps, la situation a changé : la quantité de littérature en langues nationales s’est énormément accrue pendant que les relations internationales sont devenues plus intenses. Dans ces conditions, le problème linguistique est devenu actuel pour beaucoup.
Le 26 juillet 1887, à Varsovie, parut une petite brochure de 40 pages intitulée “Langue Internationale — Préface et manuel complet”. Le petit livre était signé sous le pseudonyme "Doktoro Esperanto" (Docteur Esperanto) ce mot signifiant, dans la nouvelle langue, “celui qui espère”. Il devint bientôt le nom de la langue. L’auteur de la brochure était un médecin de 26 ans, Lazare Zamenhof. Il avait déjà pensé à son projet depuis son enfance, et, avant la publication, il avait beaucoup travaillé dessus, en essayant la langue dans la pratique et en l’améliorant : outre le russe, il maîtrisait parfaitement le polonais, l’allemand, le français et le yiddish ; il maîtrisait bien, en outre, l’hébreu, les bases des langues latine, grecque et lituanienne. Dans son projet, il réussit à réaliser des solutions très adroites. Par ailleurs, dès le début, Zamenhof regarda sa langue non point comme une “langue des commerçants”, mais comme l’instrument qui pourrait unir les hommes des diverses nations, comme un instrument spirituel de rapprochement des peuples. Ceci joua un rôle important durant les premiers temps de l’évolution de la langue. Grâce aux enthousiastes, la langue se répandit d’abord en Russie, et ensuite sur les autres continents aussi. Parurent des journaux, des oeuvres traduites et originales. En 1905, en France, se tint le premier congrès universel et, dans les années 20-30 l’espéranto devint un phénomène social considérable. Une correspondance très active en espéranto fut organisée entre des travailleurs d’URSS et de pays européens ; des officiers de l’Armée Rouge et des États-Unis l’étudiaient comme la langue d’un éventuel ennemi. Malheureusement, au début, les régimes totalitaires d’Allemagne et d’URSS, et ensuite la Seconde Guerre mondiale, eurent un effet néfaste sur la diffusion de l’espéranto. Des centaines de militants et des milliers d’adeptes ordinaires furent physiquement éliminés. Cependant, après la Seconde Guerre mondiale, le mouvement pour l’espéranto renaquit. Les conférences générales de l’Unesco ont a trois reprises accepté des résolutions favorables à propos de l’espéranto, et la plus grande organisation (UEA) a des relations officielles depuis de nombreuses années avec l’Onu et l’Unesco.
Presque tous les éléments de l’espéranto ne sont pas inventés mais puisés dans les principales langues européennes, la grammaire est considérablement simplifiée — le système de formation des mots permet de créer facilement des mots nouveaux sur la base de ceux qui ont déjà été appris. Ceci fait de l’espéranto une langue relativement facile à apprendre. En espéranto, l’écriture est phonétique (chaque lettre est toujours lue de la même façon) et l’accent est fixe (toujours sur l’avant-dernière syllabe). Tous les mots du même élément du discours sont toujours conjugués et déclinés de la même façon ; tout substantif se termine par -o, tout adjectif par -a, alors que les verbes n’ont que 6 terminaisons ! La simplicité de la grammaire est en même temps la source de la richesse de l’espéranto, n’importe quel mot peut prendre n’importe quelle forme grammaticale, ce qui est souvent impossible dans les langues nationales. Les mots de l’espéranto sont puisés dans les langues européennes avec un minimum de changements. De nombreux mots dits “internationaux” d’origine latine et grecque sont à première vue reconnaissables : telegrafo, telefono, viruso, matematiko, kontinento, ambulatorio, elektrono, centro, etc.. L’espéranto a, en tout, environ 40 suffixes et préfixes. Si on les connaît tous, on peut en moyenne créer de 5 à 10 mots indépendants (sans compter les formes grammaticales), et, à partir de quelques racines, même jusqu’à 50 ! Donc, pour exprimer en espéranto la pensée aussi compliquée qu’elle soit, on a besoin de fixer en mémoire dix fois moins de mots que ce dont on a besoin durant l’étude d’une langue nationale.
L’espéranto, comme toute autre langue, est unique. Voici quelques unes de ses particularités. En espéranto, l’ordre des mots est libre. On peut dire la phrase “Mi amas vin”" (je vous aime) de six façons, en changeant l’ordre des mots. Le mot "amo" (amour) rime en espéranto avec plus de 50 mots alors que, en russe, seulement avec quelques uns. La rime la plus fréquente, et même exagérément utilisée, est le couple "amo-flamo" (amour - flamme). L’”espérantisme” le plus populaire parmi les espérantistes est le mot “krokodilo” et le verbe correspondant "krokodili" — parler en langue nationale entre espérantistes — ce qui, en raison de considérations compréhensibles, est regardé comme n’étant pas de bon ton. Les espérantistes nomment “Krokodiloj” (crocodiles) ceux qui brisent cette règle.
De nombreuses expériences ont prouvé que la possession de l’espéranto facilite considérablement l’étude de n’importe quelles autres langues étrangères. Certains utilisent l’espéranto pour trouver des contacts internationaux. Les autres, grâce à l’espéranto, se trouvent des ami(e)s de coeur, parfois dans un pays très lointain. Ces couples inhabituels, tels que Suédois-Serbe [le français oblige à préciser “femme” pour “Serbe”], ou Allemand-Japonaise est une chose habituelle pour le milieu de l’espéranto. Pour beaucoup, l’espéranto n’est qu’une gymnastique ordinaire pour le cerveau, pour d’autres, une langue secrète. Il existe aussi ceux que la culture de l’espéranto attire en premier lieu. Dans la communauté de l’espéranto, il y a ses “étoiles”, ses potins, ses susceptibilités, et même ses propres tabous — en un mot, ayant appris l’espéranto, l’homme se découvre quelque chose comme un monde parallèle plein de vie et d’événements.
La populara ukraina gazeto “Art-Mozaika” (334 000 ex.), destinita al la junularo, dediĉis longan artikolon al Esperanto en sia numero de la 19a de julio 2007, kelkaj tagojn antaŭ la 120a jariĝo de Esperanto. Interesatoj povas ricevi la ruslingvan originalon de la iniciatinto de la klopodoj, aŭtoro de la baza artikolo kaj tradukinto : Pavel Mojhaev
El la ĵurnalo "Art-Mozaika", Numero 30 (527) de la jaro 2007, paĝo 9
Ĝi estas la plej sukcesa kaj prospera inter ĉiuj artefaritaj lingvoj. Tiuj, kiuj opinias, ke Esperanto apartenas al la pasinteco, eraras. Ĝi daŭre evoluas, kaj dank’ al interreto ĝia komunumo konstante pligrandiĝas kaj plijuniĝas.
Jam la helena filologo Aleksarĥo kaj la romia kuracisto Galeno pensis pri la kreo de artefarita lingvo. Mezepoke multaj sciencistoj serĉis la "racian lingvon", kiu devus iĝhi la ideala ilo por la pensado. Pri tio okupiĝis Neŭtono, Lejbnico, Francisko Bekono kaj Kartezio. Tamen eĉ ne unu el tiaj lingvoj estis realigita : ĝis la komenco de la 19a jarcento la internaciaj rilatoj kreskis sufiĉe malrapide. Tamen, kun la paso de tempo la situacio ŝanĝiĝis : la kvanto de literaturo en la naciaj lingvoj lavange kreskis, dum la internaciaj rilatoj iĝis pli intensaj. En tiuj kondiĉoj la lingva problemo iĝis aktuala por multaj.
La 26an de julio 1887 en Varsovio aperis negranda, 40-paĝa broŝuro, titolita "Internacia lingvo. Antaŭparolo kaj plena lernolibro". La libreto estis subskribita per la pseŭdonomo "Doktoro Esperanto" - tiu vorto, en la nova lingvo signifanta "tiu, kiu esperas", baldaŭ iĝis la nomo de la lingvo. La broŝuron aŭtoris 26-jara varsovia kuracisto Lazaro Zamenhof. Pri sia projekto li ekpensis jam infanaĝe kaj antaŭ la publikigo li multe prilaboris ĝin, provante la lingvon praktike kaj bonigante ĝin. Zamenhof estis tre talenta pri la lingvoj : krom la rusan, li perfekte regis la polan, germanan, francan kaj jidan, krome li bone regis la hebrean lingvon, la bazojn de la latina, helena kaj litova lingvoj. En sia projekto li sukcesis realigi ege trafajn solvojn. Krome, ekde la komenco mem Zamenhof rigardis sian lingvon ne kiel "lingvon de la komercistoj", sed kiel la ilon, kiu povas unuigi la homojn de la diversaj nacioj, kiel la spiritan instrumenton de la popola interproksimiĝo. Tio ludis ege gravan rolon dum la unuaj tempoj de la evoluo de la lingvo. Dank’ al la entuziasmuloj la lingvo rapide disvastiĝis komence en Rusio, Europo, kaj poste ankaŭ sur la aliaj kontinentoj. Aperis gazetoj, tradukoj kaj originalaj verkoj. En 1905 en Francio okazis la unua internacia Esperanta kongreso, kaj en la 20-30aj jaroj Esperanto iĝas konsiderinda socia fenomeno. Inter la laboristoj de USSR kaj Eŭropaj landoj estis organizita aktivega korespondado en Esperanto ; ĝin, kiel la lingvon de eventuala malamiko studas la ruĝ-armeanoj kaj oficiroj de Usono. Bedaŭrinde, komence la totalismaj reĝimoj de Germanio kaj USSR, kaj poste ankaŭ la Dua Mondmilito malbonige efikis la disvastigon de Esperanto : centoj da aktivuloj kaj miloj da ordinaraj adeptoj estis fizike neniigitaj. Tamen post la Dua Mondmilito la E-movado renaskiĝis. La ĝeneralaj konferencoj de Unesko tri-foje akceptis favorajn rezoluciojn pri Esperanto, kaj la plej granda E-organizo (UEA) jam dum multaj jaroj tenas la oficialajn rilatojn kun UN kaj Unesko.
Preskaŭ ĉiuj elementoj de Esperanto estas ne elpensitaj, sed prenitaj el la ĉefaj eŭropaj lingvoj, la gramatiko estas grave simpligita - la klara vortfarada sistemo ebligas facile krei novajn vortojn surbaze de la jam studitaj. Ĉio ĉi faras Esperanton lingvo relative facile studebla. En Esperanto la skribo estas fonetika (ĉiu litero estas legata ĉiam same) kaj la akcento estas fiksita (ĉiam en la antaŭlasta silabo). Ĉiuj vortoj de la sama parolelemento estas konjugaciataj kaj deklinaciataj ĉiam same ; ĉiu substantivo finiĝas je -o, ĉiu adjektivo - je -a, dum la verboj havas nur 6 finaĵojn ! La simpleco de la gramatiko estas samtempe la fonto de la riĉeco : en Esperanto ajna vorto povas alpreni ajnan gramatikan formon, kio ofte ne eblas en la naciaj lingvoj. La vortoj de Esperanto estas prenitaj el la eŭropaj lingvoj kun minimumaj ŝanĝoj. Multaj tiel nomataj "internaciaj vortoj" de la helen-latina deveno estas kompreneblaj unuavide : telegrafo, telefono, viruso, matematiko, kontinento, ambulatorio, elektrono, centro ktp. Entute Esperanto havas ĉ. 40 sufiksojn kaj prefikstojn. Se oni konas ilin ĉiujn, el unu radiko oni povas krei averaĝe 5-10 memstarajn vortojn (sen kalkuli la gramatikajn formojn), kaj el kelkaj radikoj - eĉ ĝis 50 ! Do, por esprimi en Esperanto la penson de ajna komplikeco, oni bezonas memorfiksi proksimume dekoble malpli da vortoj, ol oni bezonas dum la studado de nacia lingvo.
Esperanto, same kiel ĉiu alia lingvo, estas unika. Jen estas nur kelkaj ĝiaj interesaj apartaĵoj. En Esperanto estas libera vort-ordo. La frazon "Mi amas vin" (mi amas vin) oni povas diri per 6 diversaj manieroj, alimetante la vortojn. La vorto "amo" (amo) rimiĝas en Esperanto kun pli ol 50 vortoj, dum en la rusa lingvo - nur kun kelkaj. La plej ofta kaj eĉ trouzata rimo estas la paro "amo-flamo" (amo - flamo). La plej populara "esperantismo" inter la esperantistoj estas la vorto "krokodilo" kaj la responda verbo "krokodili" - paroli nacilingve inter esperantistoj - kio, pro la kompreneblaj konsideroj, estas rigardata kiel malbona tono. Tiujn, kiuj rompas tiun regulon, la esperantistoj nomas "krokodiloj".
Multnombraj eksperimentoj pruvis, ke la ekposedo de Esperanto grave plifaciligas la studadon de ajnaj aliaj fremdaj lingvoj. Iuj lernas Esperanton por trovi internaciajn kontaktojn. La aliaj dank’ al Esperanto trovas sian kor-amik(in)on, foje el tute fora lando. Tiaj nekutimaj paroj, kiel svedo-serbino aŭ germano-japanino por la Esperanta medio estas kutima afero. Por multaj Esperanto estas nur originala gimnastiko por la cerbo, por iuj - la kaŝ-lingvo. Ekzistas ankaŭ tiuj, kiujn allogas unuavice la Esperanta kulturo. En la Esperanta komunumo estas siaj "steluloj", siaj klaĉoj, siaj puntilioj kaj eĉ propraj tabuoj - unuvorte, ellerninte Esperanton la homo malkovras por si kvazaŭ paralelan mondon, plenan je vivo kaj eventoj.