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Apprenons à abattre des murs


Lorsque j’ai commencé à apprendre l’espéranto, je me suis rapidement senti citoyen du monde, au sens le plus complet du terme. Après quelques semaines, je correspondais ou “philosophais” déjà avec d’autres partisans de cette langue ; ce qui ne m’était encore jamais arrivé avec l’anglais ou l’allemand, même après plusieurs années d’apprentissage. J’étais persuadé d’avoir enfin trouvé là LE moyen de communiquer facilement et internationalement, sans contrainte particulière.

Bien évidemment, j’avais très envie de faire partager ma découverte à des connaissances ou amis. Peut-être réussirais-je même à en convaincre quelques-uns ? Ignorance ? Naïveté ? Aveuglement ? Les réactions m’ont déçu ! “Apprends donc l’anglais, ça, c’est utile !”, “L’espéranto, mais ce n’est pas une vraie langue, personne ne l’utilise, aucune école ne l’enseigne.”, “L’espéranto ? Ah, oui, ce jeu linguistique, bof !”. Et voilà, mes grands espoirs réduits à néant ! Il me faut être juste : j’ai tout de même reçu quelques encouragements, mais ceux-là même qui me poussaient dans cette voie ne voyaient pas d’intérêt pour eux-mêmes.

Les organismes internationaux, les institutions mondiales, les écoles ne considèrent donc pas l’espéranto comme un réel moyen de communication. Cette conclusion est sûrement motivée par des études sérieuses, des comparaisons, des débats. Dans mon esprit, le doute commença à s’installer. Après tout, les spécialistes, les politiciens, les pédagogues ont certainement raison ; je ne suis pas spécialiste, j’ai donc tort ! Alors quoi ? L’espéranto ne serait-il qu’une chimère défendue par quelques utopistes ?

Malgré mes doutes et mes réflexions, la langue internationale me tirait toujours vers elle et je recevais des messages de gesamideanoj (personnes partageant les mêmes idées) qui me prouvaient qu’ils étaient heureux et trouvaient un grand plaisir dans ce mouvement. La motivation me revint grâce à un livre, prêté par une amie espérantiste convertie : “Le défi des langues – du gâchis au bon sens” de Claude Piron (éd. L’Harmattan, Paris, 1994). L’auteur, qui a passé de nombreuses années à l’ONU comme traducteur professionnel, y explique pourquoi les États préfèrent se compliquer la vie plutôt que de se la simplifier. En fait, ils souffrent du syndrome de Babel : maladie fort répandue qui persuade ceux qui en sont atteints qu’il n’existe pas d’autres solutions que d’employer des langues nationales même au prix d’énormes efforts et de résultats décevants. Ainsi donc, cela signifierait que nous, espérantistes, serions sains et “bien-pensants” alors que les nations seraient malades ? Belle idée ! Avoir les résultats obtenus dans la communication inter-peuples par l’espéranto, on ne peut qu’adhérer à une telle explication. Me voilà rassuré ! Je ne suis plus seul au monde à partager cette idée. Nous sommes nombreux et heureux d’avoir trouvé LA solution à un problème complexe tout en respectant chaque culture, chaque langue, chaque être. Apprenons donc à abattre les murs des préjugés, à ne plus accepter une « vérité » comme vraie parce qu’elle émane d’un « spécialiste ». Voyons par nous-mêmes, comme des gens responsables, si ce qui se dit est véridique ou arrangé. Osons ne plus suivre bêtement une majorité qui ne sait pas de quoi elle parle. Riez, moqueurs, je ne vous écoute plus !

Jean-Marc Leresche, avril 2005.







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